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Raoul JENNAR

Pseudonyme: D12

Cas: Dossier n° 001

Catégorie: Expert

Rappel des faits et expertise
Raoul Marc Jennar est un consultant en relations internationales qui a été expert dans le procès dans le dossier n° 001. 1 Il a un doctorat en sciences politiques et il est docteur en sciences khmères et en études khmères. 2 Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la société cambodgienne après le Kampuchéa démocratique, notamment « Les Chroniques du Cambodge », « Les clés du Cambodge » et « Cambodge, un média sous pression ». 3 Il a été appelé par la défense pour témoigner sur des questions relatives à l’inspiration idéologique du Kampuchéa démocratique, les caractéristiques spécifiques du communisme cambodgien, la pratique de l’Angkar, le secret et la terreur, la chaîne de commandement, le système de sécurité, le rôle de la République populaire de Chine et la légitimité du Kampuchéa démocratique et de Son Sen. 4
Origines idéologiques du Parti communiste du Kampuchéa
Jennar a témoigné que « la source primaire du communisme cambodgien à la Pol Pot était la Révolution bolchevique ». 5 Il a cependant insisté sur le fait que les communistes vietnamiens ont également joué un rôle dans la formation idéologique et militaire des communistes cambodgiens, alors que le modèle communiste chinois a influencé la politique agraire du Kampuchéa. 6 Jennar a déclaré que le petit groupe d’hommes, qui sont par la suite devenus les dirigeants du Kampuchéa démocratique, se sont principalement rencontrés dans les années 50 en tant qu’étudiants khmers dans les cercles marxistes. 7 Ce groupe était composé de Pol Pot, Ieng Sary, Ieng Thirith, Hou Yuon, Khieu Samphan, Mey Mann, Thiounn Mumm et, comme l’a accepté la Chambre de première instance, 8 Son Sen. 9 En France, ils ont été membres du parti communiste français (PCF), et ont reçu une éducation politique dont les principales caractéristiques étaient largement fondées sur le modèle soviétique et les pratiques du stalinisme. 10 Selon Jennar, les futurs dirigeants du Kampuchéa démocratique voulaient créer une société communiste idéale d’un seul bond, sans transition, et étaient déterminés à aller plus loin que l’Union soviétique et la Chine de Mao. 11
Méthode de gouvernement
M. Jennar a décrit la mise en œuvre de trois sources de terreur par le Parti communiste du Kampuchéa. La première était une culture de la violence, qu’il a expliquée comme « partie intégrante du tissu de la société cambodgienne ». 12 M. Jennar a déclaré que depuis le début des années 50, le premier parti démocratique et ensuite le parti communiste ont successivement fait l’objet d’une suppression systématique. 13 Cette violence n’a fait que se propager après le déclenchement de la Guerre du Vietnam, 14 et s’est renforcée dans les années 1970 lorsque le pays a été plongé dans la guerre à la suite du coup d’État pro-américain. 15 M. Jennar a déclaré que la deuxième source de terreur était la violence politique appliquée sous la direction du parti, inspirée des enseignements du PCF à Paris. 16 Ces enseignements étaient reflétés dans la structure du parti, en vertu de laquelle le Comité permanent avait la responsabilité totale de son organisation, de l’économie, de la défense et de la sécurité 17 tout en demeurant complètement anonyme, 18 et dans la pratique du parti d’élimination et d’écrasement de ses ennemis intérieurs, un terme qui a permis l’arrestation secrète, le questionnement par la torture et l’exécution d’une personne. 19 La Chambre de première instance a cité le témoignage de M. Jennar concernant les origines de la pratique d’écrasement comme suit : Selon l’expert Raoul JENNAR, ces méthodes découlaient des politiques staliniennes ; les personnes identifiées comme des « ennemis » devaient être exécutées ou « écrasées », un mot utilisé dans les écrits de Lénine. 20 Entre avril 1975 et décembre 1976, le parti a exécuté bon nombre de ses militants les plus prestigieux, 21 et M. Jennar a témoigné que plus de 80 % des victimes du S-21 exerçaient en effet une fonction au sein du Kampuchéa démocratique. 22 Selon M. Jennar, la troisième source de terreur employée par le parti était la spécificité du communisme du Kampuchéa démocratique, qui a appelé « polpotisme » 23 Il a décrit le polpotisme comme « oligarchique», « autarcique » et revêtant une dimension raciste, qui s’est manifestée par l’élimination physique de divers groupes humains catégorisés notamment comme « sino-khmers », « viet-khmers » et « cham-khmers ». 24 Il est sous-tendu par l’idée de dépossession totale ; les gens n’étaient plus libres d’utiliser leur propre identité ou leur temps, ni d’avoir le choix de leurs relations, leur mariage ou leur intimité. 25
Idéologie de Duch
Afin d’aider à préparer son rapport d’expert, M. Jennar a mené à bien une série d’entretiens avec l’accusé sur une période de six mois. 26 Il affirme que durant ces discussions, il a découvert la source de l’idéologie de Duch et sa technique pour arracher des aveux. 27 Selon lui, Duch était profondément influencé par Son Sen, 28 qui l’a formé et l’a protégé avant 1975 et après 1979, et qui était son supérieur hiérarchique direct durant les années où Duch a dirigé le S-21. 29 M. Jennar a décrit Son Sen comme le « mentor » de Duch, 30 une description adoptée par la Chambre de première instance dans son jugement. 31 Concernant le rôle de Duch, il convient qu’il était à la fois un « aidant » et un « prisonnier du système ». 32 Il convient que Duch était tellement proche du Comité permanent qu’il n’avait absolument aucune liberté de manœuvre 33 et donc aucune autonomie dans la prise de décisions, qui reposait sur le seul Comité permanent. 34 Il insiste sur le fait que personne, à part ceux qui prenaient les décisions au niveau supérieur, dont Duch ne faisait pas partie, n’était en sécurité au Kampuchéa démocratique. 35
Fonctionnement du S-21
M. Jennar a témoigné sur les méthodes de tortures employées au S-21, en particulier les moyens utilisés pour obtenir des aveux. 36 Il a déclaré que l’objectif premier des aveux était de « faire dire aux personnes emprisonnées ce que le pouvoir voulait qu'elles disent afin de pouvoir continuer une politique de répression ». 37 Un autre objectif était d’obtenir d’autres noms d’un accusé pour arrêter plus de gens. 38 Il a également déclaré que Duch lui avait dit qu’un « manuel de la torture » opérationnel avait été rédigé au S-21 et était enseigné au personnel des centres autres que le S-21 lors des sessions de formation organisées par le Santebal. 39 M. Jennar a exprimé l’opinion selon laquelle ceux qui travaillaient au S-21 ne menaient pas d’enquêtes pour mettre à jour des réseaux de traîtres. Les gens qui étaient emmenés au S-21 étaient déjà suspects et avaient fait l’objet d’une enquête. 40 Il ne convient pas que les autres centres de sécurité étaient moins efficaces que le S-21 41 et qu’il existait un lien hiérarchique entre ce dernier et les 196 centres de sécurité en fonctionnement. 42 Au contraire, il avance que la différence majeure entre le S-21 et les autres centres de sécurité est le fait que le S-21 était compétent pour l’ensemble du pays. 43 Selon M. Jennar, il y avait neuf centres de sécurité où il y a eu plus de victimes qu’au S-21. 44 Convaincu que la Cour était compétente pour poursuivre les présidents des 10 centres de sécurité, 45 il a conclu en exprimant l’espoir que l’exemple donné par Duch serait suivi par ces gens. 46

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Témoignage

DateProcès-verbal d’audienceNuméro de transcription
14 septembre 2009E1/74E1/74.1

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Titre du document en khmerTitre du document en anglaisTitre du document en françaisNuméro de document DDocument numéro E3
លិខិតរបស់មេធាវីរបស់ ឌុច ដែលបានស្នើសុំឲ្យទទួលស្គាល់សេចក្តី ពិគ្រោះយោបល់ដែលបានរៀបចំ ដោយលោក រ៉ាអ៊ូល ម៉ាក ចេនណា នៅក្នុងដំណាក់កាលស៊ើបអង្កេត DUCH’s lawyers’ Request to admit consultation prepared by Mr Raoul M. Jennar in the Investigation Case File Requête des avocats de Duch en admission d’une consultation préparée par Raoul M. Jennar dans le dossier d’instruction D82 E3/511
សៀវភៅនិពន្ធដោយ រ៉ាអ៊ូល ម៉ាកចេនណា ដែលមានចំណងជើងថា “ព្រឹត្តិការណ៍សំខាន់ៗនៅកម្ពុជា” Book « Les clés du Cambodge » by Raoul Marc JennarOuvrage « Les clés du Cambodge » par Raoul Marc JennarD80/5E3/515